Lugdunum : capitale mondiale des siphons romains !
Date: Lundi 02 août 2004 à 09:30:08
Sujet: Le bulletin


 
C'est ce que Jean Burdy, éminent spécialiste des aqueducs romains de Lyon, a affirmé lors de sa remarquable conférence en marge de l'Assemblée générale de SEL.
 
 
 
 
Fondée en 43 avant J.C, Lugdunum, s'est rapidement développée sur la colline de Fourvière. Ses ressources en eau s'avéreront vite insuffisantes pour les besoins de la colonie romaine, par ailleurs très exigeante sur la qualité. C'est alors que les regards se portèrent sur les monts voisins.
 


 
Au nord, à une dizaine de kilomètres, le Mont d'Or dispose d'une eau de bonne qualité et peu chargée en carbonate.
À l'ouest, s'étend la chaîne des Monts du Lyonnais. Ce relief, situé à une quinzaine de kilomètres de Fourvière,possède deux versants, ceux de I'Yzeron et de la Brévenne, et de nombreuses sources fournissant une eau abondante et d'excellente qualité. Les sources étant localisées, il s'agit alors d'amener leur eau jusqu'à Lugdunum. L'entreprise est malaisée car, entre les captages et Lugdunum, le relief est coupé de nombreuses vallées, d'abord peu marquées au pied des montagnes, puis de plus en plus larges et profondes à l'approche de Fourvière.
Les Romains vont donc adapter la construction des aqueducs (du latin aquae ductus = conduite d'eau) à la topographie du terrain.
 
La construction de quatre aqueducs est entreprise au premier siècle après J.C.
Le relief tourmenté de la région et la nécessité de donner au canal une pente faible et régulière, imposent souvent de contourner les obstacles en optant pour des parcours sinueux car, il ne faut pas l'oublier, la plus grande partie d'un aqueduc (environ 90% de son parcours) est enterrée.
Le percement de tunnels est parfois nécessaire pour réduire le tracé ou franchir un obstacle.
Le franchissement d'une vallée étroite et peu profonde se fait par un pont-canal.
 
Pour, les vallées plus larges et plus profondes, la solution retenue est la construction d'un siphon, qui, fonctionnant selon le principe dit des vases communicants, permet le franchissement de la vallée par un pont de faible hauteur. Le canal maçonné est alors remplacé, par un faisceau de conduites en plomb, mieux approprié pour résister à la pression de l'eau et dont les diamètres peuvent varier de 10 à 20 cm et l'épaisseur de 1 à 3 cm.
 
Sur l'ensemble des quatre aqueducs lyonnais, on compte pas moins de dix siphons, soit autant que ceux construits pour l'ensemble des aqueducs de l'occident romain, hormis Lyon. Cette particularité permet d'affirmer que Lyon est la capitale des siphons romains.
 
De tous les siphons lyonnais, le plus emblématique est, bien entendu, celui de Beaunant qui franchit l'YVzeron.
 

Pour mieux redécouvrir le réseau d'aqueducs de Lugdunum, un examen de chacun d'entre eux s'impose.
 
 

 
Vraisemblablement le plus ancien des aqueducs lyonnais, il doit son nom au bassin versant qui l'alimente. Partant des sources de I'Yzeron, situées en amont du village éponyme, il délivre son eau, après un parcours long de 30 km environ, à Saint-Just.
Deux ponts-siphon consécutifs, alimentés par le réservoir des Tourillons à Craponne, lui permettaient de franchir la dépression du Grand Buisson, et le ruisseau de Charbonnières au pont d'AlaÎ.
 
 
 

Il part des sources du Thou, dans la commune de Poleymieux, puis se dirige vers Lugdunum, en passant par Curis, Couzon, Saint-Romain, Saint-Cyr et Saint-Didier, Il franchit le ruisseau de Limonest par un modeste pont-siphon, traverse le plateau de Champagne et par un second siphon, long de 3500 m, passe au-dessus du ruisseau des Planches. Après être passé au Point du Jour, il achève sa course à St-Just.
 
 


Il prend son départ dans la vallée de la Brévenne sur le flanc ouest des Monts du Lyonnais, ce qui va l'obliger à contourner le massif en suivant la vallée. Après un parcours de 40 km, il traverse Dardilly, Limonest, Champagne, et Ecully où il franchit le ruisseau des Planches par un pont-siphon de 3500 mètres. Après être passé au Point du Jour, il achève sa course dans le quartier des Minimes. Sa longueur de 70 km, le place au dixième rang des aqueducs du monde romain.
 
 


Il capte l'eau directement à la rivière du Gier, au pied du Pilat, à 3 km au sud de Saint-Chamond (Loire).
L'ouvrage long de 86 km, traverse 23 communes et comporte une quarantaine de ponts, onze tunnels et quatre ponts-siphon.
Après un parcours sinueux dans le département de la Loire, l'aqueduc atteint le Plateau du Lyonnais, passe sous Mornant par un tunnel, puis franchit la rivière du Garon par un siphon. Sur le plateau de Chaponost, l'aqueduc sort de terre sur 600 m pour atteindre à Beaunant, la vallée de l'YVzeron profonde de 140 m. Elle est franchie par un siphon long de 2660 m. De là, l'aqueduc traverse Sainte-Foy et Trion pour achever sa course à la Sarra.
 
 
 
Monuments historiques, témoins d'une architecture exceptionnelle, les aqueducs lyonnais ont souffert des outrages de la nature et des hommes.
La vétusté, l'érosion, le réemploi de leur matériaux, mais aussi l'indifférence sont responsables de la lente agonie de ce patrimoine d'exception, essentiel pour l'histoire de l'Hydraulique.
Si les ouvrages aériens sont tant bien que mal entretenus, les conduits enterrés, sont l'objet d'aucun égard.
 
Et que dire de constructions, comme ce garage récemment bâti à proximité immédiate du pont-siphon de Beaunant, sans respect des règles de protection des monuments historiques ?
Sans mesure de protection prises par les autorités compétentes, le risque de disparition de nos aqueducs paraît inéluctable.
 
Il est encore temps d'agir.
 
 
Jean-Louis PAVY

 
S.E.L.





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