Quel mandat donne-t-on à nos élus, pour quel usage de cet espace qui nous appartient collectivement et qui constitue une base essentielle de notre cadre de vie ? Comment faire en sorte que tous profitent des retombées bénéfiques de son utilisation, pour notre agglomération, dans son ensemble, rayonne d'une animation équilibrée et partagée ?
Comment écrire la «charte» de l'exploitation de l'espace public, tous ensemble ?
Une terrasse de café sur le trottoir, un orchestre sur telle place, un marché sur les quais, une fête foraine sur le boulevard, une patinoire sur la grande place du centre...
On peut ainsi constater, tous les jours, une utilisation de !'espace public pour des usages divers, pour une animation locale parfois, pour une activité commerciale le plus souvent.
Cette exploitation se caractérise également par des critères de durée et de fréquence; certaines activités sont quasi quotidiennes (terrasses de café, marchés...), d'autres périodiques (hebdomadaires pour certains marchés spéciaux, annuelles pour certaines manifestations à date...), ou d'autres encore saisonnières (vogue aux marrons, marché de Noël, animation des fêtes de fin d'année...), voire exceptionnelles. Les espaces concernés peuvent avoir un caractère local (au niveau du quartier), mais dans de nombreux cas ils concernent l'agglomération (centre ville le plus souvent).
De ce fait, tant le ressenti des riverains ou d'autres usagers du lieu, que l'impact sur l'environnement, sont extrêmement variables.
On peut aussi bien y mesurer une animation bénéfique de tel centre de quartier qu'y reconnaître la source d'une véritable défiguration de tel site patrimonial.
D'aucuns peuvent y trouver un intérêt pour les affaires tandis que d'autres peuvent en subir les effets négatifs d'encombrement de la circulation ou de nuisance sonore permanente.
Telle place récemment rénovée, ou l'on a investi dans la qualité du cadre végétal et dans un choix sérieux de matériaux ou de mobilier urbain, se trouve un jour envahie par des équipements éphémères de qualité médiocre, accompagnés d'installations ou de matériels (véhicules, groupe électrogènes...) bruyants, vilains, agencés de façon anarchique....
Quel contraste et quelle contradiction entre les intentions de gérer l'environnement et la façon de gérer ces manifestations plus ou moins durables!
L'exploitation du quotidien peut-elle ignorer ainsi les caractéristiques du lieu?
En bref, on peut y trouver le meilleur comme le pire.
Alors se pose la question, en particulier dans ce dernier cas, "à qui profite le crime ? "
On s'interroge en effet quant à savoir qui en sont les bénéficiaires, surtout quand il semble que beaucoup d'autres subissent les effets secondaires – qui – lorsqu'ils sont négatifs, peuvent devenir majeurs.
Comment ceci est-il acceptable lorsqu'il s'agit de l'exploitation de l'espace public?
Comment le bilan est-il maîtrisé, et par qui?
Par ailleurs, on peut également observer que certains espaces ne bénéficient jamais, ou trop rarement, de certaines animations d'un type cité plus haut, alors que tel site s'y prêterait mieux, alors que ce serait peut-être, pour tel autre quartier, une bonne occasion de promotion ou de mise en valeur.
Dans le même temps, on peut également vérifier une quasi absence de certains types d'animation, que l'on pouvait, autrefois, apprécier plus régulièrement dans la rue, comme tous ces artistes, tant musiciens que magiciens, ou d'autres saltimbanques.
Les grandes occasions officielles, comme la Fête de la Musique, nous montrent portant que le gisement est énorme; la concurrence, lors de ces moments trop concentrés, y est impressionnante, voire ridicule...
Elles nous permettent de constater que l'offre potentielle est nettement plus large que la musique péruvienne, ou les simulacres de danse d'indiens d'Amérique du Nord...
Pourquoi seules les soirées d'orgies et de gavage doivent-elles permettre l'expression de ces artistes face à un public ouvert ?
Que ne sait-on organiser un peu plus la fête, de façon plus mesurée, au fil de l'année ?
N'est-il pas temps de mettre à plat globalement, cette question de l'utilisation de l'espace public et de l'animation de la cité ?
Pourrait-on élaborer une "charte" intégrant les résultats d'un débat large, s'appuyant aussi bien sur une analyse fine des sites potentiels, sur un inventaire des besoins, des possibilités et des propositions d'animation, que sur l'avis des administrés ?
D'abord un inventaire des espaces disponibles pourrait être réalisé.
Chaque site pourrait être caractérisé, sur des critères géographiques, de dimensions, de positionnement par rapport à une "clientèle", de capacité d'entraînement, ou encore quant à des facilités d'accès, des aptitudes et des capacités d'accueil et d'aménagement, tout en évaluant les risques d'impact sur l'environnement et le cadre de vie.
En parallèle, pourrait être engagé, de façon transversale (aussi bien dans le cadre d'une politique culturelle que dans celui d'une politique commerciale par exemple, aussi bien avec une approche du quotidien qu'avec une gestion de l'exceptionnel...), un inventaire des propositions possibles d'animation, et une caractérisation de chacune d'elles (besoins en surface, en durée, impact sur l'affluence, conséquences sonores...).
Une première analyse d'adéquation et de compatibilité pourrait alors être envisagée entre les sites et les propositions, au travers d'un croisement des différentes caractéristiques inventoriées et comparées...
Mais, en plus, il serait souhaitable d'évaluer, avec plus de sérieux qu'il ne l'est fait habituellement, une sorte de bilan des intérêts de ces diverses exploitations.
Qui en tire des bénéfices, à quel niveau, avec quelles conséquences pour l'entourage ?
Quels avantages ou quels inconvénients peuvent y trouver les riverains, les autres usagers locaux, ou encore itinérants ?
Quels sont les avis des associations représentatives des habitants ou culturelles concernées, des professionnels de l'animation commerciale, des spécialistes de l'environnement, du patrimoine ou du tourisme... ?
Alors, il pourrait être précisé le mandat accordé aux élus pour favoriser, encourager ou autoriser telle exploitation.
Enfin, une réflexion pourrait être menée pour améliorer la qualité des aménagements et des implantations à caractère plus ou moins éphémère, souvent répétitif.
Peut-être en investissant un peu plus dans une certaine pérennité des matériels et du «mobilier» (voir par exemple les moyens des bouquinistes à Lyon, ou les installations standard de certains marchés aux primeurs à Paris...)
Pourquoi ne pas relancer la construction de ces kiosques qui permettent d'abriter tel orchestre ou tel spectacle de rue, avec un minimum d'organisation et de qualité d'aménagement.
Par ailleurs, des exigences pourraient être exprimées plus systématiquement auprès de ceux qui trouvent un intérêt commercial dans certaines manifestations, afin d'atténuer autant que possible les effets néfastes (emprises, aspect, bruit...) de leur installation.
Des concours pourraient être lancés auprès d'architectes, de paysagistes, de spécialistes en mobilier urbain, pour proposer des modes d'utilisation et d'aménagement des sites, pour en fixer des limites, au même titre que cela est fait pour l'investissement matériel plus durable.
Mais il est possible d'y reconnaître, une autre forme d'investissement, dans les domaines de l'image, ou dans celui de la dynamique de gestion du cadre de vie, avec toutes les conséquences bénéfiques que l'on peut escompter.
Une fois encore, on ne peut laisser à certains le loisir de tirer bénéfices de l'espace public au détriment de l'intérêt collectif.
Une fois encore doit être recherchée une approche gagnant-gagnant.
Alors, par exemple, apparaîtraient, sans doute, d'autres voies pour mieux maîtriser les choix et les modes d'exploitation de la place Bellecour, utilisée trop souvent comme un champ de foire anarchique, là où l'on voudrait pouvoir trouver cette respiration particulière offerte au passant au cœur de la Presqu'île, depuis des siècles, ressemblant trop fréquemment à un véritable foutoir, sans respect aucun pour l'agencement patrimonial, au détriment du site...
Toutes ces animations nécessitent-elles vraiment d'être affectées là, ou s'agit-il d'une solution de facilité?
Quelle conscience a-t-on de la qualité du site, et du respect qu'on lui doit?
Alors trouverait-on sans doute des moyens pour alléger la charge dans l'exploitation du boulevard de la Croix Rousse également.
Alors ouvrirait-on sans doute d'autres sites, comme nous l'avons préconisé depuis de nombreuses années, comme les bas-ports du Rhône, et en particulier comme le site de la piscine du Rhône scandaleusement sous-utilisé.
De même pour d'autre lieux, d'autres places, d'autres espaces, que ce soit à Gerland, à la Duchère, sur l'esplanade du Dauphiné ou encore à la Feyssine, à Parilly..., dans l'ensemble de l'agglomération.
On trouve même certains de ces sites parfaitement desservis par le tramway ou le métro, avec des stations sous-exploitées.
Alors verrait-on, sans doute, éclore une animation plus diversifiée, mieux répartie, et dans l'espace, et dans le temps, avec une participation plus ouverte de tous les quartiers de notre Grand Lyon, dans toute leur diversité, pour le grand bien de la vie de la cité, dans son ensemble.
Alors notre agglomération se montrerait-elle sous un jour plus accueillant, avec des facettes multiples et riches de leurs différences, laissant peu de chances au vide social.
Alors la ville serait toujours plus belle et plus rayonnante encore...
Jacques BONNARD
