Un nouveau destin pour le Fort Saint Jean
Date: Vendredi 30 avril 2004 à 10:53:43
Sujet: Le bulletin


 

Les altières murailles du fort Saint-Jean, vont reprendre du service...
Elles abriteront la nouvelle École des Contrôleurs du Trésor. Compte-rendu de la visite guidée de la reconversion d'un vestige du système défensif de notre cité du début du XIX ème siècle.

  Les écluses du ciel, grandes ouvertes, en cette fin d'après-midi du vendredi 31 octobre 2003, n'ont pas arrêté l'élan des très nombreux membres de SEL montés à l'assaut du fort Saint-Jean. Un aléa climatique qui donnait, en quelque sorte, une idée de ce que pouvaient être, parfois, les conditions dans lesquelles assiégeants et assiégés se confrontaient, mais aussi un aperçu de l'inconfort de la vie de chantier...

 



Gravure du Fort Saint JeanLe fort Saint-Jean est l'ouvrage de défense le plus emblématique de notre cité. Oui n'a pas ressenti une certaine émotion devant le rarissime spectacle offert par ces imposantes murailles, plongeant en cascades successives du piton rocheux, .accroché au rebord du plateau de la Croix-Rousse jusqu'à la rive gauche du défilé de Pierre Scize dans lequel se love l'indolente Saône.
Nul besoin d'être stratège pour deviner que cette position, de tous temps, contrôlait, un des passages obligés entre l'Ile de France et la Méditerranée.

M. Pierre VURPAS, architecte, maître d'oeuvre en charge de la reconversion du fort, a accepté de nous faire découvrir comment, cet ouvrage militaire du début du XIX ème siècle, deviendra la très moderne École des Contrôleurs du Trésor.

Une reconversion nous intéressant au plus haut point, car de nombreux ouvrages constituant les ceintures fortifiées de notre cité, attendent des idées pour sortir de l'oubli et reprendre du service dans le civil.
Lorsqu'en 1512, il fut décidé de reporter le mur d'enceinte de la ville au faîte de la colline Saint Sébastien, le clergé de la ville fut tenu d'apporter sa contribution, ainsi que les chanoines de Saint-Jean. On peut imaginer, qu'en apportant ses deniers et son savoir-faire de bâtisseur, le chapitre Saint-Jean obtint en retour , que son nom soit porté par l'ouvrage.

Édifié entre 1835 et 1840, sur les vestiges d'une fortification datant du XVI ème siècle et dont il subsiste encore un bastion, le fort Saint-Jean est un des ouvrages du système défensif de Lyon,conçu selon les principes attribués à  Haxo et de Fleury, et dont il reste les ouvrages de Vaise, Loyasse, Saint- : Irénée, Sainte-Foy, la Vitriolerie, la Motte,  Montluc, Montessuy et Caluire.  L'enceinte du fort franchie, nous découvrons le premier édifice: la  Poudrière. Ses murs en pierre de taille,  supportaient un toit simplement posé, afin  qu'il puisse s'envoler si le feu était mis  aux poudres... L'administration de l'École, s'installera ici.


Si, vu de l'extérieur le fort semble inexpugnable à l'abri de ses murailles,  l'architecture des bâtiments logeant la garnison. vue de l'intérieur, est largement ouverte à la lumière, comme si la menace des boulets était à cette époque, encore virtuelle...


La recherche d'une esthétique de bon aloi, était, elle, bien présente dans l'esprit des ingénieurs militaires.

Fort Saint JeanSur une emprise de 1 ,5 hectare de terrain constitué de falaises rocheuses, les bâtisseurs ont creusé les multiples fondations des murs fortifiés.
Ces derniers retiennent d'importants volumes de remblaiements destinés à porter des espaces extérieurs, tels que la place d'armes, et tous les casernements de l'ouvrage...


Bien que le fort ne soit pas protégé, au titre des monuments historiques, l'architecte, M. VURPAS et la Directrice du projet, Mme. Marie-Sylvette SERRA, ont pris le parti de conserver et de respecter l'architecture de l'ancien bâti
et d'en appeler à l'architecture contemporaine pour élever les constructions nouvelles.


Parmi, celles-ci figurent :
  -un amphithéâtre capable de recevoir les 450 élèves de    l'École (deux
promotions par ans) ;
  -une cafétéria et sa cuisine.

 

De la cafétéria, le regard embrasse un panorama grandiose: la colline de Fourvière, Loyasse, le fort de Vaise, le défilé de Pierre Scize avec ses monuments, dont celui du Conservatoire de musique.
Et, comme le jour déclinait, mille lumières sont montées de ce paysage. Bonne table et somptueux paysage...un privilège qui ne devrait pas être réservé aux seuls élèves du Trésor! C'est ce que plusieurs d'entre nous, durent, à cet instant, imaginer...


Pour atténuer l'impact visuel de la cafétéria, et bien réussir son insertion dans le paysage du fort, l'architecte a masqué les parties maçonnées sous un espace végétalisé et paysagé.


Tous les bâtiments du fort ont été reconvertis aux besoins de l'École.
Salles de cours ou de détente, bureaux, sanitaires, installations de chauffage, éclairage, réseaux de communications, bénéficient tous des dernières avancées technologiques.


Murs et sols ont été remis en état d'origine, ou reconstitués, brut de pierre.
Là où elles apparaissent, les massives charpentes en bois, ont été mises en valeur.Nous avons découvert un escalier monumental, avec son garde-corps d'origine, en fer forgé et aux courbes harmonieuses. Un monument à lui seul !
Pour installer des ascenseurs, la roche a été creusée à la verticale pour leur permettre le passage.


Bien que les travaux, dont le montant s'élève à 9,5 millions d'Euros, ne soient pas encore achevés, il se dégage déjà des lieux, une sobriété et une authenticité auxquelles les élèves et enseignants ne seront pas insensibles.
Les liaisons entre les différents édifices et leurs cheminements intérieurs, suggèrent un parcours de traboules...
Un cadre ou l'ennui et la monotonie seront absents.

Cette visite, nous a démontré, une fois de plus, que le renouvellement urbain pouvait se réaliser sans rejet de l'héritage reçu.
La reconversion du fort Saint-Jean, est en passe d'être brillamment réussie, mais en sera-t-il de même pour tous les autres forts lyonnais ?


Pour ceux appartenant à la même génération que celle du fort Saint-Jean, nous n'avons pas d'inquiètude, en effet, grandes sont les possibilités qu'ils offrent et qui ont d'ailleurs déjà été très souvent utilisées. 


Plus difficile est d'entrevoir la nouvelle destination des forts conçus par Serré de Rivières, à la fin du XIX ème siècle, et dont les ouvrages et défenseurs étaient mis à l'abri des coups de la nouvelle artillerie, en les terrant.
Mais on n'arrête pas le progrès, ni l'ima- gination, ce sont eux qui nous apporterons les bonnes solutions !


Nous remercions vivement M. Pierre VURPAS, d'avoir bien voulu partager, un instant, avec nous, sa passion pour son art, et pour sa grande compréhension à l'égard de notre attachement à cet emblématique monument lyonnais. 


Que ceux qui ont décidé de fonder ici l'Ecole des Contrôleurs du Trésor, soient aussi remerciés pour cet heureux choix et nous comptons sur eux afin que cet espace soit ouvert à ceux qui souhaiteraient le découvrir ou redécouvrir, lors des journées européennes du patrimoine, par exemple.


Aux futurs élèves de cette école et à leurs enseignants, nous leur souhaitons un brillant succès de leurs études, de leurs projets, et un agréable séjour dans notre aimable ville de Lyon.


Raymond MOTTE


S.E.L.





Cet article provient de Association SEL - Lyon
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