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PAYSAGES URBAINS ET CITADINS ...
Le bulletinSEL JUIN 2005 : N° 80

La cité est une oeuvre d’art collective dont chaque citoyen est le dépositaire.
A ce titre elle doit jouir de la protection de tous.Cependant, il s’avère que des initiatives ou des comportements individuels, compromettent son harmonie.


 ventouses     

Les façades qui contiennent les espaces extérieurs, et qui forment notre cadre de vie, sont la propriété intellectuelle de ceux qui les ont créées, mais sont aussi le patrimoine moral de tous, car elles appartiennent au passant.

C’est pour cela que leurs propriétaires sont tenus, de droit et moralement, d’en prendre le plus grand soin.


Les initiatives et comportements du citadin font souvent de lui un bâtisseur qui s’ignore. C’est alors qu’apparaissent des fausses notes, dont la multiplication brouille le paysage urbain.

Ce phénomène est particulièrement perçu dans la ville dense dite compacte. Il apparaît sous forme de multiples objets, accessoires, équipements, décorations et matériaux étrangers à l’œuvre de l’architecte et au talent du bâtisseur.

Du bric à brac (souvent en matière plastique) accroché aux façades, nous retiendrons plus particulièrement :
les « ventouses » d’évacuation des gaz des chaudières à gaz, dont la présence est souvent soulignée par de longues traînées sales sur les murs qu’elles traversent.




la multiplication des antennes relais pour la téléphonie mobile, sur les toits mais aussi sur les façades . L’apparition des climatiseurs individuels, qui ne va pas sans conflits de voisinage en raison de leurs nuisances sonores ou de leur émission de flux d’air chaud ou froid, qui peuvent être gênants .

Les enseignes et la publicité, dont la présence redondante a souvent été dénoncée dans nos bulletins ; le fleurissement fulgurant des paraboles de télévision. 

Ces dernières sont l’objet d’un très inquiétant arrêt de la Cour de Cassation (1er mars 2005) Saisie par des sociétés d’auteurs, la Cour a estimé que les antennes collectives permettant la réception de programmes par voie hertzienne ou satellitaire devaient être assujetties au paiement des droits d’auteur.
Cet arrêt vise les antennes installées par les syndicats de copropriétaires, mais non les antennes individuelles.

La copropriété PARLY II, comptant 7500 logements, a été le premier « gros client » visé par les sociétés d’auteurs. Les autres copropriétés, jusque là plus modeste, seront, elles aussi, dans un proche avenir, assujetties à ces mêmes droits.
 paraboles


Cet arrêt permettra aux sociétés d’auteurs de percevoir simultanément des droits à l’émission et à la réception de la même œuvre…Une nouvelle espèce de copropriétaire apparaîtra : celle préférant l’antenne collective à l’antenne individuelle et payant en sus de la redevance audiovisuelle, les droits d’auteur tandis que son voisin, celui qui aura orné la façade ou une de ses fenêtres d’une parabole, voire de deux, en sera dispensé…

Il est évident que pour se soustraire à cette charge supplémentaire, les copropriétaires s’équiperont d’antennes individuelles. Nous allons donc assister à une prolifération massive d’antennes râteaux et de paraboles sur nos toits, façades, fenêtres, balcons. Un spectacle affligeant en perspective, autant que celui des champs d’éoliennes dans nos campagnes.

Pour en finir avec les paraboles, rappelons que leur implantation est soumise à permis de construire si leur diamètre est supérieur à un mètre ou à déclaration de travaux pour un diamètre inférieur à un mètre (Art. L. 421-1 et R.421-1 du Code de l’Urbanisme).
Un détail que les constructeurs ou vendeurs de ces équipements omettent de préciser dans leurs publicités.



La disparition des volets lyonnais à lames bois.


Déplorable est la disparition de ces volets de conception et fabrication typiquement lyonnaises qui occultaient les fenêtres des immeubles construits au XIXème siècle.
Ce phénomène, est très perceptible dans la Presqu’île.

 ventouses      Leur remplacement par des volets roulants en aluminium naturel ou plastique, dont les coffres en tôle se substituent aux élégants lambrequins en fer forgé ou en fonte moulée, porte atteinte à l’ordonnancement particulièrement soigné des fenêtres et de leurs décorations.

Ces opérations le plus souvent individuelles, soulignent une absence notoire de discernement et, comme pour les paraboles,… de déclaration de travaux.

On ne peut pas imaginer que l’Architecte des Bâtiments de France ait voulu ce désordre sur les façades d’un quartier protégé.
 

Tous ces équipements que nous venons d’énumérer pèsent de plus en plus sur l’architecture de nos façades, qu’elle soit simple
ou flamboyante.

L’imagination n’avait-elle pas permis de trouver des solutions, comme dans le Vieux-Lyon ?
Par exemple, les commodités de toutes sortes, wc, salles de bains, chauffage, ascenseurs, installés au détriment de l’architecture Renaissance, ont finalement été insérés dans les logements pour rendre aux façades leurs caractères d’origine.


Ballade en périphérie.

La ville comporte aussi des espaces dits, suburbains, périurbains ou encore rurbains. Les vides de ces zones sont voués à la construction pavillonnaire, la plus demandée par le citadin d’aujourd’hui.
Est-ce la mémoire de la nature, de la terre, du pays, des espaces, de la poésie, de l’harmonie et de la contemplation, qui attire le citadin vers le pavillon, entre ville et pays ?
Cette exigence, les urbanistes l’ont perçu.
« Penser la ville par le paysage » est leur réponse. Mais qui pense le paysage ?
Aujourd’hui, pour construire un pavillon de moins de 180 M2 de SHON, nul n’est tenu de recourir aux compétences, au goût et au talent d’un architecte (Art. R. 421-1-2 alinéa a du Code de l’Urbanisme).
Chacun peut en dresser lui-même les plans. Les seules logiques qui prévalent sont alors l’inspiration et ses choix personnels.
L’individualisme ou plutôt l’égoïsme, triomphe de la solidarité.
Quel maire de la périphérie a le temps de se consacrer à un examen et à une réflexion critiques des demandes de permis de construire et déclarations de travaux qui arrivent chaque jour sur son bureau ?

Cette mission est confiée généralement à un agent municipal à qui il est le plus souvent demandé de s’assurer que le contenu de la demande ou de la déclaration soit conforme aux dispositions législatives et réglementaires prévues par le Code de l’urbanisme et que les caractéristiques du projet collent exactement aux dispositions du Plan d’Occupation des Sols (P.O.S), bientôt P.L.U ( Plan Local d’Urbanisme).
Les demandes de permis de construire pour des projets médiocres mais répondant exactement aux critères légaux, sont acceptées.
Celles concernant des projets de qualité, mais qui enfreindraient une seule des dispositions des documents d’urbanisme, sont rejetées.

A ce stade il s’agit plus d’un contrôle de légalité, que d’une réflexion dans laquelle l’architecture ou l’insertion du projet dans son environnement ou la prise en compte de la ville et de son paysage, qu’il soit bâti ou naturel, prévalent.
Réalisées dans le mode « libre choix du constructeur » et dont chacun dispose d’un catalogue de pavillons, prêts à être bâtis, nos zones pavillonnaires n’ont aucune unité architecturale, aucun caractère régional ou local.

Toits, murs, couleurs, huisseries, menuiseries, tout est disparate.
Cependant, force est de reconnaître, que certains des occupants de ces zones ou lotissements, parviennent, en recourant au fleurissement et à des plantations, à corriger ou à différencier la banalité de leur pavillon.

Ils participent même à des concours « villes fleuries » pour exprimer leur solidarité « esthétique »


Les clotures.


Les zones pavillonnaires, ce sont aussi beaucoup de clôtures, de murs qui accompagnent le promeneur. Une tendance qui s’affirme de plus Une tendance qui s’affirme de plus en plus car les promoteurs de ces zones, font de la sécurité et de l’enfermement, leurs arguments de vente. Alors, inexorablement, des murs s’élèvent...

Même ceux déjà existants sont surélevés pour suivre la tendance.

L’ancien POS du Grand Lyon, prévoyait que les clôtures devaient « …être discrètes et composées en harmonie avec la maison ».

Il interdisait l’édification de clôtures pleines d’une hauteur supérieure à 0.50 mètre et l’emploi de blocs de béton aggloméré nus. Il limitait la hauteur des autres clôtures à 1.50 mètres sur le domaine public.

En fait, nombre d’entre elles n’observent pas ces prescriptions et l’emploi du bloc de béton nu est généralisé.

Les clôtures grillagées ou à claire-voies sont souvent aveuglées par des bâches plastique ou autres matériaux tels que la tôle ou le plastique.


 ventouses 

Le nouveau PLU (Plan Local d’Urbanisme), s’avère beaucoup plus libéral pour les clôtures. Il admet en bordure de voie et en limites séparatives des murs pleins de 2 mètres de haut.

Si la présence de tels ouvrages peut se concevoir en bordure de voies bruyantes, on imagine aisément l’impact visuel sur le cadre de vie, pour le cas où ces nouvelles dispositions devaient se généraliser. Tagueurs et afficheurs sauvages vont se ruer sur ces murs. A-t-on déjà vu un tag ou une affiche sur une clôture grillagée ou à claire-voie ?

Aurait-on déjà oublié ces tristes murailles salies par le temps, surmontées de tessons de bouteille, qui, jadis enfermaient les rues et dont l’unique ornementation était ce lancinant message « DEFENSE D’AFFICHER - LOI DU 29 JUILLET 1881 ».
 
A croire que plus les frontières tombent entre les nations, plus les citoyens en élèvent entre eux !

Banlieues et villes ont leurs problèmes d’insertion, d’intégration, de discrimination, de communication et bien d’autres encore. Est-ce que ces hauts murs vont faciliter leur résolution ?Ouvrons donc les jardins et les parcs et faisons de leur fleurissement et plantations, le point de rencontre de nos regards.

Quant aux jardins secrets, il y a d’autres moyens pour les protéger…
Si l’édification de tels murs est maintenant prévue, il est à noter que le maire a toujours le pouvoir de prescrire en matière de clôture, des mesures particulières pour des motifs d’urbanisme ou d’environnement (Art. L.441-3 du Code de l’Urbanisme).
Il faut espérer qu’il sera fait un bon usage de cette disposition pour penser la ville par le paysage. 


LA RUE
Le paysage de la ville, c’est surtout celui de la rue. La chaussée, la troisième façade de la rue, mérite, elle aussi d’être pensée ou plutôt repensée.
Elle est massivement squattée par nos voitures dont on affirme qu’elles sont principalement utilisées pour de très petits trajets. Ces mêmes parcours empruntés à pied, exigent une préparation de fantassin pour franchir aisément tous les obstacles et traquenards dressés à dessein sur les trottoirs pour meubler la rue.
Quant à enfourcher une bicyclette, c’est se diriger droit vers un proche destin de kamikaze.
Les chaussées de nos rues, de nos places manquent cruellement de
recherche esthétique. Le savoir-faire et l’imagination de nos ingénieurs et entrepreneurs seraient-ils bloqués au niveau de celui des années 60 ?


LES ANIMAUX
Parmi les besoins de nature des citadins, figure la compagnie d’un animal.Notre PLU, ignore totalement la présence de l’animal dans la cité et son paysage. Le trottoir et le caniveau sont utilisés, par la gente canine, quand leurs maîtres ont appris à lui apprendre, comme une annexe du logement, à savoir comme lieu d’aisance.

Ne conviendrait-il pas mieux de réaliser et réserver dans les habitations, un espace réservé et équipé pour les animaux de compagnie?

La sortie du toutou, présentée comme « hygiénique », deviendrait alors, pour lui et son maître, une promenade de santé et non d’incivilité.

VEILLER SUR LA VILLE.
Comme nous venons de le voir, la ville subit de multiples atteintes. Même légères et diffuses, additionnées, elles brouillent, au fil du temps, son image.Faire rayonner la cité, c’est d’abord respecter son intégrité dans ses moindres détails.

Chacun doit apporter sa contribution, sa marque, sa touche, son regard, pour lui donner l’image dans laquelle se lira notre identité.

En être conscient, c’est déjà penser la ville par le paysage.

 
Raymond MOTTE

S.E.L.
Posté le Vendredi 08 juillet 2005 à 09:37:00 par admin
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