| UNE CURIOSITE LYONNAISE BIEN MODESTE : L’IMPOSTE |
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 SEL - NOVEMBRE 2005 - N° 81
Lyon a perdu, au cours des dernières années, sa réputation, d’ailleurs quelque peu exagérée, de ville sombre, pour ne pas dire ténébreuse, voire fuligineuse. De fait, en retrouvant ses teintes vives historiques de cité italianisante, le flâneur, évidemment solitaire, peut découvrir moult détails restés longtemps inaperçus. Portes curieuses et impostes sont du nombre.
On trouve ces dernières dans tous les quartiers, en plus ou moins grand nombre il est vrai, mais surtout de plus ou moins d’intérêt. Saint-Jean et les Terreaux sont bien inventoriés. La notoriété incite parfois à des restaurations intempestives, à des mises en valeur qui n’ont pas lieu d’être et qui font perdre les naïvetés originales. La rive gauche du Rhône, de construction relativement récente, présente des modèles artistiquement piquants mais qui, précisément, puisent leur adoption dans la seule fonction décorative.
Pour ces raisons, nous limiterons nos regards au quartier Saint-Georges et à sa rue éponyme. La mise en valeur y est plus discrète, les caractères de l’ancien plus marqués, l’atmosphère moins touristique. Bref, l’authenticité paraît plus évidente…
Mais d’abord, qu’est qu’une imposte ?
Le Grand Larousse Encyclopédique nous apprend que le substantif, d’origine italienne (est-ce bien étonnant ?) désigne deux choses : d’abord, « la pierre ou autre élément, ordinairement en saillie, qui couronne le pied droit d’une arcade et qui reçoit la retombée de l’arc » ; ensuite « le chassis fixe (ou dormant) ou non, occupant le haut d’une baie, au-dessus du ou des vantaux qui constituent la porte ou la fenêtre proprement dite ».
Le Lyonnais aime la précision et disons (avec une pointe de chauvinisme peut-être, mais…une toute petite…) que cette définition de dictionnaire parisien laisse un peu notre exigence dans le vague.
Pour les mamis du Gourguillon, l’imposte est un élément qui couronne la porte d’allée comme le corgnolon les épaules de Gnafron. L’allée, on ne la trouve qu’à Lyon et, moins importante, qu’à Chambéry et Grenoble. Elle donne accès à la cour et à l’escalier et « est le centre d’une communauté qu’on désigne par un numéro » (Clair Tisseur).
Nous retiendrons que l’imposte est l’ouverture, bien souvent moulurée mais ce n’est pas obligatoire, placée au-dessus de la porte d’allée. Elle ne constitue pas toujours le dormant de la porte car sa matière d’oeuvre est variable, tout comme l’est sa décoration, quand elle existe, cas le plus fréquent, et qui nous intéresse.
Cependant elle demeure indissociable de la porte dont elle est en quelque sorte le faire-valoir. Pourquoi une imposte ? D’abord pour « faire lumière », vous dira-t-on. Vous vous imaginez aller à borgnon au risque certain de vous cabosser le crasse dans les boites aux lettres, ou pis…Songez plutôt que le quinquet à gaz est d’invention récente et qu’il fallait bien combattre la nuit en plein jour.
Fonction utilitaire et primaire indisensable. Sans compter le risque qu’un pendrille vienne frotter le commis de ronde, avec de l’huile de picarlat pour lui vider le gousset ! On en frémit…et on barreaude l’imposte. Fonction sécuritaire donc ! Mais à Lyon, on a de tout temps eu le souci de la respectabilité discrète. Un art de suggestion. Il faut que les indices attestent qu’on a du bien sans démonstrations ostentatoires.
Et l’imposte de devenir un petit chef d’oeuvre artisanal de bon goût. On dirait aujourd’hui, une fonction promotionnelle : qui que tu sois qui passe sous cette imposte, sache où tu portes tes pas.
Nous limiterons volontairement les exemples et nos descriptions resteront sommaires. Le sujet mériterait mieux mais libre à chacun de poursuivre et d’approfondir.
Nous cheminons du sobre au sophistiqué, sans égard pour les tours et détours illogiques dans une promenade. La datation reste souvent délicate et ne correspond pas toujours avec celle de construction de la maison, sans compter les transformations multiples.
 | L’imposte n’est d’abord qu’une ouverture simple dont la taille reste incompatible avec l’intrusion humaine (51 rue Saint-Georges). La porte est évidemment rustique. Ce type peut cependant devenir très élégant. Au 3, place François Bertras, entablement et corniche apportent la touche de raffinement. Le vitrage est d’évidence moderne. |  | Au 92 de la même rue, de curieuses végétations ploient et se déploient, font des grâces que n’apprécie guère l’austère clairevoie du 19 et la grille carcérale du 35. Brr… on croit déjà sentir le froid de la chaîne et du guet, le rouge de la question dans la prison de Roanne ! |  | La sécurité est obtenue par la pose d’un panneau de bois ou métallique, de barreaux, de grilles. La gamme des moyens est ouverte. Finition et qualité du matériau classeront, comme nous l’avons précisé, la condition des habitants. Un simple panonceau de bois découpé et ajouré suffit à pimenter d’une note de mystère. Un coeur renversé (bouleversé ?) qu’encadrent deux ailes d’ange ne nous indiquent-ils pas le chemin d’un paradis sur un ciel, toutefois clouté ? (38, rue Saint-Georges) |  | Heureusement, l’effroi ne dure guère. La passion triomphe toujours tandis que s’enlacent amoureusement, et pour longtemps encore, les initiales en arabesques du 52 et du 41. |  | Plus loin, le bois fait la roue comme l’élégant paon du n° 14. Belles séductrices, les maisons ne nous font-elles pas de l’oeil ? Le métal prête moins aux égarements de l’esprit. Les possibilités n’en sont que multiples. Le fer se forge à froid et à chaud.
Vulcain lui octroie la noblesse, quelquefois l’ardeur, tel le soleil du 46 qui nous barreaude de ses rayons. |  | Les amoureux sont seuls au monde ! Du moins c’est ce que prétend la chanson. Ils ne le sont pas sans susciter des jalousies, des envieux qui cherchent à pousser plus loin la prétention…du luxe. Et de courber les rinceaux, de surcharger le décor fut ce au prix du moulage. Soyons justes pour nos modernes : le résultat mérite plus de compliments que de reproches même s’il manque ce petit rien qui fait le tout. |
Voilà, nous terminerons ici notre piapia sous l’imposte d’une canuse demeure. Mais si le cœur vous en dit, pourquoi ne pas poursuivre vous-même ? Notre Lyon possède encore des bijoux cachés.
Veillez toutefois à ce qu’on nous les égratigne pas trop.
Textes et photos: Jean PUYGRANIER
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Posté le Mardi 29 novembre 2005 à 13:02:13 par admin |
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